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10/08/2007

L'Europe dans la tempête financière américaine

Une crise structurelle à surmonter

La facture du dopage finit  toujours par être lourde : La « main invisible » des marchés de l’économie-casino est celle du diable quand l’argent trop facile aveugle les joueurs..

DECRYPTAGE RELATIO par DANIEL RIOT

Des turbulences de type météorologique ou un vrai ras de marée planétaire ? Une crise confiance ou un mal structurel ? Sur les places financières, le « décrochage » devient « dévissage »… Et les liquidités injectées par la Banque centrale européenne (près de 100 milliards d’€ hier+ 60 ce matin) et par la FED américaine (près de 25 milliards) et d’autres banques centrales( canadienne notamment) s’apparentent à une « opération transfusion », à des soins palliatifs,  alors que la situation exige sans doute des opérations de type chirurgical…

Une chose est sûre :les meilleurs experts sont dépassés dans leurs analyses, il y a trop d’inconnues dans les équations… et la fameuse « main invisible » déifiée par les tenants de l’hypercapitalisme devient la main d’un diable qui se rebiffe quand on lui a trop tiré tsur la queue.

Qu’est-ce qui est en cause, au-delà des péripéties et des dégâts collatéraux des politiques « d’argent facile » et de calculs de rentabilité à court terme faits par les acteurs de cette géofinance que personne ne peut maîtriser  et de cette « économie casino » qui par définition peut faire perdre très vite ce qui a été gagné trop artificiellement ?
L’excès de confiance des investisseurs américains dans la capacité des citoyens de Bush de sortir d’un sur-endettement cultivé. C’est ce que les « experts », jamais à court d’un néologisme qui brouille la vision des réalités, appellent les « subprimes ».

Les  "subprime", ce sont  des crédits octroyés par des institutions peu regardantes sur la solvabilité de leurs clients. Quand les lignes rouges du « trop c’est trop » sont franchies, c’est la panique et comme le marché mondial de la géofinance impériale est fait d’interconnexions en labyrinthes, les effets « ronds dans l’eau » et « boule de neige » font  des ravages sur tout le système, y compris auprès de banques (européennes en l’occurrence) qui ont été plus prudentes… Entre coupables et victimes, la frontière est difficile à tracer… Les déferlantes en spirale déclenchent effectivement de vrais ras de marée… Avec indices au rouge, partout ou presque. Et effets de panique qui… amplifient encore les problèmes.

Principales victimes de ce jeu de massacre ces derniers jours : les valeurs bancaires. Elles paient une politique trop poussée d’argent facile. Toutes proportions gardées : elles payent un excès de dopage. Comme des champions cyclistes trop connus...

Voilà des années que pour la satisfaction des opérateurs, les marchés sont comme survitaminés, dopés par la croissance à tous crins et des liquidités brassées avec une bonne dose d’irrationalité…. Le système s’est fissuré. Et il craque.

C’est la « régulation par la crise » : les plus cyniques des « hyper-capitalistes » y voient confirmation de leurs dogmes. Laissons faire, et tout se règlera tout seul,ou presque. De toutes façons, ceux qui y perdent sont ceux qui ont beaucoup gagné. Tant pis pour les petits porteurs, pour les boursicoteurs amateurs… Et pour les dégâts sur l’économie mondiale, avec toutes leurs conséquences sociales !  

« Pas d'amortisseurs ni de pare-chocs pour absorber les secousses », souligne un conseiller financier de Relatio... « L’essentiel, pour les grands acteurs, c’est de passer au travers de ces pluies d’orage. Cela passera »… Bush ne dit-il pas qu’ il y a suffisamment de liquidités pour réguler les marchés » ?  « Ne dramatisation pas : quelque 20 milliards vont s’envoler. Dommage pour ceux qui les perdent, mais  les   actifs financiers en circulation sont  évalués à plus de 110 000 milliards d'euros. Et l’économie mondiale est plutôt bonne. L’essentiel, c’est que la crise financière ne gangrène pas l’activité générale… Mais qui peut faire de bonnes prévisions en la matière » ? Une illustration de plus d’une donnée trop oubliée : l’économie n’est pas une science… Elle l’est même de moins en moins avec la généralisation de ce que le professeur Bilger appelait « l’économie casino »

Pour les observateurs suisses, cette crise n'est pas que pasychologique:elle est d’abord structurelle. Le Temps résume : «    Le tumulte qui agite les marchés de la dette américaine menace une industrie florissante: le capital-investissement (private equity). Le boom historique du private equity, moteur du marché mondial des fusions et acquisitions, touche à sa fin ».

Un constat : « Depuis quelques semaines, le marché des financements de rachats d'entreprises par la dette (leveraged buyout ou LBO) est asséché: les banques ont fermé le robinet des prêts, car elles ne parviennent plus à les placer sur le marché obligataire ».

Une analyse : « La complaisance des banques aidant, les géants du capital-investissement en étaient arrivés à financer jusqu'à 85% de leurs rachats par de la dette. Désormais, la situation va revenir à la normale, avec des financements pour maximum deux tiers de dette et un tiers de fonds propres, voire 50% de dette et 50% de fonds propres pour les petites transactions».Bref, un rachat exigera désormais plus de cash flow. »

Après la secousse : une ère nouvelle?… Ce sont les transitions qui sont douloureuses.

En attendant la suite, ceux qui critiquent avec des raisons plus en moins fondées la banque centrale européenne et l’euro devraient un peu de souvenir des tempêtes monétaires que de pareilles secousses bancaires et boursières provoquaient jadis, souvent l’été d’ailleurs… Il est toujours intéressant de voir à quel point nos mémoires sont sélectives.

Daniel RIOT

 
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