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08/07/2007

Sarkozy à Bruxelles : Oui à un sommet économique?

 Un combat pour le « Superman » du volontarisme.

Les arguments et les suggestions du Président français auraient plus de poids si la dette n’était pas un tel fardeau et si la fuite en avant n’était pas aussi incompréhensible…

2f3f9622811ba4475a707f42066b21dc.jpgDECRYPTAGE RELATIO PAR DANIEL RIOT : A l’Eurogroupe, on sait se tenir. Politique et politesse…Sarkozy sera donc bien accueilli. Avec tous les honneurs dus à son rang et avec cette mobilisation médiatique qu’il affectionne tant, lui qui souffre, selon Eric Marty (disciple de Roland Barthes et l’un des invités d’un déjeuner « intellos » de l’Elysée)   « d’une sorte de libido communicationnelle. ».

D’ailleurs, les ministres réunis autour de Junker, le Premier ministre luxembourgeois qui préside ce faux « mini-gouvernement » économique de la « zone euro », diront à quel point ils apprécient cette venue présidentielle. Une marque de révérence, de respect et une preuve d’activisme volontaire. Une première même. Avant lui, seul le président du Conseil italien Silvio Berlusconi avait lui-même présenté ses projets budgétaires devant l'Eurogroupe en 2005, mais il remplaçait son ministre de l'Economie, Giulio Tremonti, qui, à l'époque, avait  démissionné. Sarkozy sera là, et Christine Lagarde aussi.

« Que Sarkozy monte en première ligne dans une réunion de ce type, c’est plutôt encourageant, surtout quand on se souvient de son absentéisme honteux dans les réunions ministérielles quand il était le premier flic de France », sourit un habitué des réunions bruxelloises.  « On se  demandait s’il savait que l’Union européenne existait. Aujourd’hui, il montre qu’il faut compter avec lui, sinon sur lui. Son festival lors du dernier Conseil européen  a impressionné, même s’il se voit plus important qu’il n’est. « Sauveur de l’Europe », il n’y a que lui qui s’y voit… ». Junker (photo) se montre même enthousiaste dans l'attente de la réunion d'aujourd'hui:"J'applaudis".

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Mais, nous l’avons déjà écrit sur RELATIO, Sarkozy ne sera pas à la fête. On écoutera ses « je veux », mais on lui rappellera ce qu’il pourrait ou devrait…Ne serait-ce que pour respecter les engagements de la France, des engagements pris quand il était au gouvernement, donc au pouvoir. « Les arguments et les propositions de Sarkozy auraient plus de poids si les contentieux n’étaient pas aussi lourds et nombreux entre la France et l’Union », souligne un haut fonctionnaire européen (français et pas spécialement « de gauche »). C’est bien l’avis de tous les observateurs bien informés.Même la candidature de DSK pour le FMI risque d'en souffrir...  Mais cette candidature qui sucite tant de craintes au PS ne se jouera sans doute pas aujourd'hui. Tout au plus,Sarkozy pourra se rendre compte des candidats poussés ou non par les Polonais, les italiens et d'autres.  

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Aujourd’hui, dans son ITW fleuve  au Journal du Dimanche, le président français annonce qu'il proposera à l'Eurogroupe l'organisation d'un sommet européen à la rentrée sur la politique économique. « Je proposerai lundi qu'il y ait, à la rentrée, une réunion européenne des chefs d'Etat et de gouvernement pour parler de la politique économique » Voilà qui est plutôt positif. Mais il a une façon de le dire qui fait sourire : « J'expliquerai à nos partenaires ce que nous allons faire pour retrouver de la croissance », dit-il. « Super-Sarko » prof d’économie, donneur de leçons sur la croissance ! Il a été locataire de Berçy, il est vrai. Et il n’y a pas marqué son passage que par la réception d’une star de la scientologie

DES MOTS A PRECISER

Qui plus, ses « je veux » et sa volonté de « ne respecter aucun tabou » se heurte à des confusions de vocabulaire. Le « protectionnisme », aujourd’hui, c’est quoi ? A Bruxelles, l’expression « ligne Maginot » revient à la mode quand on parle de la France et de son « adn colbertiste ».

Le retour à la « préférence communautaire », c’est quoi avec les accords de l’OMC ? Une « politique industrielle volontariste », c’est quoi  quand on voit les faiblesses (françaises d’abord) de l’Airbus ?

Le « patriotisme économique », c’est quoi concrètement quand LU, qui fait partie du patrimoine passe sous contrôle américain ?

La lutte contre les « délocalisations », c’est quoi quand les entreprises françaises …délocalisent à tour de bras ? En quoi, la construction européenne est-elle le « cheval de Troie de toutes les menaces que portent en elles les transformations du monde », alors qu’elle seule, plus forte et plus soudée pourrait jouer un rôle régulateur. Pascal Lamy en sait quelque chose…

En quoi,  «  Bruxelles » fait-elle preuve  de « naïveté dans les négociations dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce » ?

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« Il nous faut rejeter la notion selon laquelle les seules politiques à mettre en oeuvre face à la mondialisation seraient de nous en retirer ou de nous cacher. Nous ne pouvons faire ni l'un, ni l'autre, et je crois que le nouveau gouvernement français le reconnaît. », lâche M Mandelson , le commissaire mis directement en cause qui  « voit mal » comment son expérience politique « a pu le rendre naïf »  et qui rappelle que le bloc européen est le premier exportateur mondial, « ce qui démontre, à quel point l'Union européenne profite de l'ouverture des marchés mondiaux ».

Que cache la suppression de l’expression « concurrence libre et non faussée » dans le nouveau traité ? Et que signifient les attaques contre la Banque centrale et contre « l’euro trop fort », alors que ce sont surtout les monnaies chinoises et japonaises qui ne sont pas au bon niveau et que le dollar subit les faiblesses intrinsèques de l’économie américaine ?

La Commission conteste  ces critiques de Paris : « le taux de change ne joue qu'un rôle limité dans les résultats des exportations des pays individuels », constate-t-elle en notant que la balance commerciale de la France s'est, elle, améliorée vis-à-vis des Etats-Unis mais détériorée vis-à-vis de l'Allemagne. « Il y a donc lieu de chercher ailleurs les causes des résultats décevants de certains membres de la zone euro en matière d'exportations ». Qu’en pense le professeur Sarkozy ?

UNE PILE DE CONTENTIEUX

Ces points de frictions s’ajoutent à d’autres contentieux qui s’accumulent. On ne chôme pas à la représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne …

Non seulement, Sarkozy se heurte  à la Commission et à la plupart des autres Etats membres sur les négociations d'adhésion avec la Turquie, mais de difficiles négociations portent (entre autres)sur le monopole de la Française des jeux et du PMU dans le domaine des paris sportifs, qui fait l'objet d'une procédure de la Commission, ou de la pêche au thon et à l'anchois, dont l'interdiction suscite la colère des pêcheurs, les réserves sur la réforme vini-viticole,  ou des retards dans la transcription des directives dans le droit français (qui vaut quelques amendes à la France)…

Ce Président- professeur aura surtout des explications à donner sur une question très précises et essentielle :les gouffres des DEFICITS !

>>>Il devra expliquer pourquoi il a décidé de reporter à 2012 l'assainissement des finances publiques françaises afin, selon ses voeux, de créer un "choc fiscal" pour permettre à la France "d'aller chercher ce point de croissance supplémentaire".

Cette décision viole plusieurs engagements de la France. Elle foule aux pieds son programme de stabilité approuvé le 30 janvier par l'UE et qui prévoit une réduction importante du déficit dès 2007 afin de parvenir à un déficit proche de zéro et à un endettement inférieur à 60% du PIB en 2010.

Circonstance aggravante : Cette échéance 2010 avait en outre été solennellement réitérée en avril dernier par tous les ministres des Finances de la zone euro, qui s'étaient engagés à tirer parti de la forte croissance actuelle - 2,6% dans la zone euro cette année - pour accumuler des réserves en prévision du vieillissement de la population.

En plus elle est dangereuse pour la France elle-même. On ne peut  pas vivre en surendettement chronique et, surtout, on ne peut pas sans risques graves pratiquer à Paris une politique aux antipodes de ce qui est fait (avec succès) à Berlin

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A L'OPPOSE DE LA LIGNE ALLEMANDE 

Aucun économiste sérieux ne peut pas prendre à la légère les arguments avancés avec un courage mal récompensé par François Bayrou durant la campagne présidentielle et qui justifie son abstention lors du vote d’investiture du cabinet Fillon.

Le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, est déjà sorti de la réserve que lui impose l'axe franco-allemand. « S'il est confirmé que la France revient sur ses engagements  il y aurait un problème, non seulement du point de vue allemand mais aussi de celui de la Commission et d'autres Etats-membres ».Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a renchéri: l'objectif 2010 est « essentiel pour la cohésion de la zone euro », a-t-il martelé

Même politiquement, Sarkozy fait une entorse grave à son engagement d’appliquer son programme : sa promesse de réduire le déficit de 0,5% par an passe par pertes et profits (plus par pertes que par profits). Le gouvernement a déjà renoncé à ramener les déficits publics à 1,8% en 2008 après 2,5% en 2007, puisque l'on parle désormais d'une stabilisation l'an prochain (peut-être)

LA DETTE SE CREUSE ENCORE

>>> Son pari sur la reprise de la croissance (demain, il fera beau…) serait plus crédible  si, les mesures annoncées par le gouvernement français ne suscitaient pas autant de scepticisme dans les  milieux européens."Fuite en avant", dit-on à Bruxelles

Explications techniques sur un point, par exemple :Le seul coût du « paquet fiscal » qui sera soumis cet été au Parlement est évalué à 0,6% du PIB par la déduction fiscale des emprunts immobiliers (0,3 point de PIB), la suppression des droits de succession (0,1 point) et l'exonération des charges sociales pour les heures supplémentaires (0,2 point).

C’est d’autant plus inquiétant que la pente actuelle est mauvaise : La dette publique est repartie à la hausse au premier semestre pour atteindre environ 65% du PIB au lieu de 63,7% fin 2006, et son déficit en fait le cancre de la zone euro, surtout par rapport à l'Allemagne, qui devrait avoir un déficit de 0,6% cette année à comparer aux 2,5% français. La perspective d’une  plus-value de deux à cinq milliards d'euros dans les recettes fiscales pour 2007 pour compenserait un dérapage des dépenses sociales de l'ordre de quatre milliards d'euros n’est qu’une mince compensation

« Ce ne sont pas des réformes structurelles », estime un responsable de la Commission « Elle n’auront aucun impact sur la croissance ». Et elles mettent en péril la santé de l’euro. « Il est très important pour la monnaie unique de mener une politique budgétaire très exigeante », a déclaré le Premier ministre portugais José Socrates.

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POUR UN GOUVERNEMENT ECONOMIQUE

« Il faut être réaliste. Il est évident qu'il y a une différence entre une obligation juridique et une obligation politique », a expliqué le ministre portugais des Finances, Fernando Teixeira dos Santos.

Pire pour Sarkozy et pour tous ceux qui pensent qu’il faut effectivement que l’Eurogroupe devienne une force politique réelle : le « cavalier seul »  français risque de compromettre pour longtemps les progrès (pourtant à faire)  vers une meilleure gouvernance économique de la zone euro pour faire contrepoids à la Banque centrale européenne (BCE). C’est pourtant l’un des "dadas" de Nicolas Sarkozy. Et c’est ce qui rend difficilement compréhensible ce que les diplomates spécialisés dans les affaires économiques et financières appellent, en privé, les « incohérences de l’Elysée»

Sarkozy adore l’adversité. Il sera servi. Mais dans ces domaines là, les exhortations ne servent pas à grand-chose. Seuls les chiffres et les faits comptent. La « culture du résultat » prônée doit s’appliquer (aussi) à l’Elysée uisque c'est làque tous les pouvoirs sont concentrés. Elle suppose de remplacer le « volontarisme », (ce « vélo en chambre », comme dit Bourlanges) par une vraie volonté. Mais il paraît que « Ce que Sarko veut, Sarko peut ». Alors…

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D'ailleurs, on apprécie à Bruxelles la présence de Christine Lagarde (photo) à Berçy ("ouverte et compétente, avec son capitalisme pragmatique"), on est très satisfait de retrouver l'excellent Michel  Barnier sur les dossiers agricoles et le choix de DSK est jugé, indépendamment de ses aspects politiciens un très bon choix. "Il a le"profil" incontestablement"... Mais des Français à la tête de l'OMC, de la Banque centrale européenne, à la BERD et au FMI, cela fait beaucoup, non? A voir...

Au moins, Sarkozy n’hésite pas à aller dans l’arène : c’est plutôt bien, même en tenant compte de sa « libido communicationnelle »…

Daniel RIOT

04/07/2007

Europe-Afrique: de nouvelles perspectives pleines de promesses

DECRYPTAGE RELATIO: Première mission : l’Afrique. Premières promesses : De meilleures relations entre l’Union européenne  et l’Afrique. La Présidence portugaise a commencé par un chantier du « grand large », ce qui n’est pas illogique pour ce « pays des grands découvertes ».

En fait, c’est le fruit du hasard du calendrier diplomatique africain :  Le José Socrates, s’est invité à Accra,au Ghana,  au 9 ième sommet de l’Union africaine pour multiplier des  contacts bi- et multilatéraux dans la perspective du sommet euro-africain programmé à Lisbonne les 8 et 9  décembre prochain.

631f8f637743ee7edaa9e8d89b323a75.jpgCe sommet (qui est l’une des priorités de la Présidence portugaise) doit « lancer un nouveau partenariat entre l'Union Européenne (UE) et l'Afrique », a-t-il affirmé dans la capitale ghanéenne, en prononçant son discours en portugais devant les chefs d'Etat et de gouvernement des 53 pays membres de l'UA.

Ce partenariat visera selon lui à « renforcer le respect des droits de l'homme, le combat contre la pauvreté, une meilleure gestion des flux migratoires ».Des objectifs qui sont évidemment ceux de la Commission de Bruxelles et de plusieurs pays européens, sont la France, où Nicolas Sarkozy est décidé à rompre avec les pratiques de la « Françafrique ».

M. Socrates a insisté pour que les sommets Afrique-Europe soit plus fréquents à l'avenir et que l'écart de sept ans entre le premier et celui de Lisbonne ne se reproduise plus.  « L'Europe et l'Afrique ont une vision commune sur différents problèmes auxquels nous sommes confrontés. Il est nécessaire d'avoir un partenariat politique qui nous permettra de répondre à ces questions », a-t-il estimé. Depuis le temps que Louis Michel, le commissaire chargé du développement et de l'aide humanitaire , le réclame....

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Ce sommet de Lisbonne est très attendu après l'échec ces dernières années de l'UE et de l'Afrique à organiser une deuxième rencontre, reportée du fait de divergences entre certains pays africains et européens : le Royaume Uni, notamment,  ne voulait pas entendre parler de  la participation du président zimbabwéen Robert Mugabe et d’autres problèmes bi-latéraux  ou régionaux empêchaient une indispensable préparation. Qui plus est, les différents  pays européens n’ont pas sur l’Afrique des visions communes très claires…

Vues étroites, partielles, partiales (et archaïques) de uns. Indifférence des autres. Résultats : Une impuissance politique de l’Europe dans ce continent africain avant-hier partenaire privilégié (accords de Yaoundé et de Lomé) qui subit de plus en plus des influences (rarement positives pour son développement économique et social) des Américains, des Chinois et d’autres, conscients que l’Afrique peut être un continent d’avenir même elle reste « mal partie »…

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a souhaité, pour sa part, que les sommets UE-UA soient institutionnalisés: de tels sommets se tiendront "tous les deux ans, en alternance sur chacun des continents", a-t-il dit. C'est un bon rythme si ... le travail est permanent, sur tous les plans.

CETTE UNION QUI...DIVISE

Ce dialogue euro-africain n’était évidemment pas le sujet essentiel de ce Sommet de l’Union africaine (qui n’a d’Union que le nom) : sous l’impulsion de Khadaffi, c’est le projet d’un « gouvernement continental » qui devait faire l’objet d’une étude poussée. Un constat, en attendant un communiqué final qui ne fermera aucune porte mais n’en ouvrira aucune.

S'ils sont tous en faveur des "Etats-Unis d'Afrique" en tant qu'idéal à plus ou moins long terme, les dirigeants africains ne sont en revanche pas d'accord sur la constitution rapide d'un gouvernement unique. Deux camps se sont dessinés assez clairement: d'un côté ceux qui veulent un gouvernement unique maintenant, comme la Libye et le Sénégal, de l'autre ceux qui souhaitent une intégration par étapes, notamment l'Afrique du Sud et les pays de la SADC (Communauté de développement d'Afrique australe). Le compromis final a abouti à un renforcement de la Commission qui tente de gérer l’Union. Un plan de route sera mis au point.

DE NOUVEAUX OUTILS DE DEVELOPPEMENT

3f5fa2a22fdf6bfa36051132c4fdd8ce.gifL’idée des « Etat-Unis d’Afrique » fait rêver nombre d’esprits. Surtout dans les milieux d’affaires multinationaux africains qui « mettent la pression » comme le souligne «All Africa. Com ».  

Ainsi, une demi-douzaine de ministres a lancé le PAIDF (Pan African Infrastructure Development Fund, Fonds panafricain pour le développement des infrastructures). Une initiative dans le sillage du NEPAD qui entend impulser des actions en vue de doter le continent africain d'infrastructures (routes, chemins de fer, télécommunications, barrages hydroélectriques, santé, éducation et autres).

Pour le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Nana Dankwa Akufo Addo, ces jours sont « historiques » : « Les Africains ont décidé de prendre leurs responsabilités pour sortir du sous-développement, l'absence ou l'insuffisance de ces infrastructures constituant un obstacle majeur à l'accroissement de l'activité économique ».

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Mme Zuma, ministre sud-africain des Affaires étrangères, estime que l'option d'un fonds africain indique clairement que  « l'épargne africaine va servir au développement de l'Afrique ». En présentant le Fonds, son président, Tshepo Mahloele, a annoncé que 625 millions de dollars sont déjà mobilisés, une somme identique étant promise par des investisseurs attendant que les structures du Fonds se mettent définitivement en place, ce qui peut être considéré comme fait.

« Le chantier est immense. Le défi excitant », souligne « all Africa.com ». «  Rain is about to fall on Africa » a-t-on entendu dans les couloirs. « Des pluies qui annoncent une renaissance d'un continent qui, enfin, prend conscience de son énorme potentiel. Juste une illustration : à peine 7% du potentiel hydroélectrique de l'Afrique est exploité à ce jour. A la fois une richesse - puisque cette énergie produite peut être vendue - et un moteur du développement car la disponibilité de l'énergie stimule les activités »

Dans ce contexte, le « co-développement » prôné par nombre de pays de l’Union européenne peut et doit prendre tout son sens. Il le faut. Pour les Africains. Et pour l’équilibre du monde. 

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« Le rêve d’une unité africaine ne doit plus se perdre dans les sables », confie un ami diplomate africain. « Notre morcellement vient des colonisations et des décolonisations, avec nos frontières artificielles, nos rivalités entretenues, nos conflits alimentés…et nos ressources pillées. Une ère nouvelle commence. Du Cap au Caire… Même si pour l’instant, notre Union…divise ».

Wait and see. «  Aller doucement n'empêche pas d'arriver », dit un proverbe africain. Prochain sommet de l’Union africaine en janvier. Après le sommet euro-africain de Lisbonne. DR

Voir (et écouter) le dossier de rfi  >>>>>

09/06/2007

France: des cadeaux aux plus favorisés qui vpnt couter cher...

Les mirages de Sarkozy-le-magicien....

Le calice jusqu’à la lie pour Bayrou ? Un champ de ruines, "l’extrême Centre" ? Les sondages sur l’UDF-MoDem pour dimanche laissent prévoir des résultats (en voix et en sièges) indignes de son score aux Présidentielles… Le PS dans les choux ? C’est moins grave puisque les socialistes sont déjà (et encore) plus préoccupés par leur campagne interne que par les Législatives. Mauvais opposants, ils l'ont été durant cinq ans: Le peu de meubles qu’ils sauveront seront pour eux des cadeaux non du ciel, mais d’un mode de scrutin qui ne nourrit que les gros…  

Les explications de cet état de fait ne manquent pas. Plus ou moins rationnelles…

Injustice et caractère anti démocratique du mode de scrutin, archaïsme du découpage des circonscriptions (qui date de 1986 et se base sur le recensement de 1982), spirale ascendante des supporters de Sarkozy, effet bulldozer de l’UMP, prime aux sortants (y compris au PS !), conséquences de la stratégie élyséenne de vampirisation du  « bayrouisme » (avoué publiquement par le Président), effets désastreux des troupes mercenaires du « général Morin » qui non seulement  ont déserté l’UDF de Bayrou mais ont retourné  leurs armes contre leur leader et ami d’ hier, confusions délibérément entretenues autour de l’étiquette « UDF» …

L’une de ces explications, il importe de le reconnaître, vient des qualités affichées par Nicola Sarkozy dans ses habits neufs de Président.

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Une affaire de « com’ » et d’images ? Un peu (beaucoup bien sûr). Les Français aiment bien son coté « Lapin Duracell » , avec ses piles gonflées à bloc, son dynamisme  et son activisme (ou son « bougisme »), son discours dignes d’un «  Zizou de la politique » sur  « la France qui gagne » , son sens de l’autorité (envers ses ministres d’abord), ses dons d’ ubiquité , son art d’adapter ses postures et sa voix aux circonstances, sa convivialité délibérée avec ses interlocuteurs syndicalistes, sa volonté d’appliquer son « projet » vite et bien. Et ses « castings » réussis à commencer par  Kouchner le « populaire sollicité parce que populaire ») et  Rachida Dati (« qui donne d’un coup vingt ans à MAM »)….

L’effet d’image est d’autant plus efficace que le contraste est frappant avec le style de son prédécesseur… Du Roi fainéant à l’Empereur sans peur et sans reproche.

« Illusionniste », comme dit Hollande ? Peut-être. Mais un bon prestidigitateur. Un excellent même… Même quand on n’est pas dupe de ses ficelles, de ses tours et de ses trucs, on est sous le charme. Bluffant, Sarkozy ! Un vrai pro de la politique spectacle, cet enfant de la télé qui a tout compris du maniement des images, ce pur produit du coté « fils de pup » de mai 68 qui sait trouver (ou bien utiliser) les mots slogans, cet artiste qui sait piquer, grappiller, plagier ceux qu’il combat (à commencer par Bayrou)…

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L’effet d’amplification des médias, l’effet ressort de l’omniprésence quotidienne ou presque et l’effet spirale de la victoire qui appelle la victoire font le reste : une coté de popularité sans précédent, un « état de grâce » jamais vu, un gommage complet des aspect inquiétants de  son image d’imprévisible, de caractériel, de chef cynique, d’obsédé du pouvoir pour le pouvoir, de néo-bonapartiste à la mode des néo-conservateurs…

La Sarkomania ambiante  donne même à cette personnalité composé de plusieurs personnages  un charisme qu’il n’avait guère avant son sacre ;le pouvoir ne crée pas que l’organe, il fait aussi l’auréole. Surtout dans cette République plus monarchique que jamais.

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De Gaulle en imposait, lui s’impose ! De Gaulle enthousiasmait les foules par sa dimension historique, son épaisseur humaine, sa culture d’honnête homme. Sarkozy déchaîne les passions comme une bête de scène envoûte ses fans. Ou comme un champion fait rêver les enfants qui rêvent de performances. Supermann à l’Elysée ! Que demande le peuple ?

Le peuple est content. Heureux même. Le pouvoir comme un jeu : on en oublie le pain… Ses troupes de militants, ou plutôt de supporters,  sombrent  presque dans ce culte de la personnalité si dénoncé chez d’autres en d’autres temps...De la magie? Jusqu'à l'hypnose collective... 

"
medium_hypnose.jpg"l'hypnose est un savoir, non un pouvoir"

 

Résultats : avec lui, tout semble devenu vraiment  « possible » (en apparence). Y compris la réélection de députés sortants au bilan déplorable et la victoire de candidats par procuration qui n’ont qu’un seul mérite :  leur étiquette politique collée sur un flacon de docilité…   

L’UMP joue d’ailleurs les Législatives comme pour inscrire son score dans le Livre des records. Ah ! Si cette Chambre ne pouvait qu’être bleue… Pourquoi pas au point où l’on en est ? Le PS brûle. Bayrou est « kärchérisé ». Le FN est mangé. L’extrême gauche fait sourire. Et les  Verts sont noyés.

A  quand Besancenot au gouvernement ? « L’ouverture va continuer » assure le Président qui doit secrètement rêver d’être candidat unique d’un parti unique au plébiscite présidentiel de 2012 … Je ne plaisante qu’à moitié.

Mais l’état de grâce par définition n’a qu’un…temps. Le temps que les mines deviennent grises. Et que les joggings télévisés du président  ne fassent plus oublier la sueur des « Français qui se lèvent tôt » ou qui se couchent tard pour gagner durement leur vie, pour tenter d’assurer une bonne éducation à leurs enfants, pour soigner leurs parents dans des maisons de retraites chères et souvent peu confortables, pour épargner en vue d’une retraite non garantie. Ou tout simplement pour payer l’électricité, le chauffage, le loyer, une « malbouffe » et des fringues en solde ou d’occasion…

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Ce tsunami électoral  aura un coût, en effet. Et devinez qui va payer ? Il est des cadeaux chers, très chers…. Entre 12 et 20 milliards d'euros, selon des estimations d’experts non engagés politqiuement,  rien que pour le «  choc fiscal » que le chef de d'Etat et son équipe veulent provoquer.

Mais heureusement, il y a des limites la duperie. Un signe parmi d’autres : Serge July recouvre des qualités éditoriales perdues depuis longtemps.. Je cite sa chronique sur RTL :  « La détaxation des heures supplémentaires est une manière de petit chef d'oeuvre diabolique : en rapprochant le coût pour l'employeur d'une heure supplémentaire  d'une heure travaillée normalement, la durée légale du travail existe peut-être encore dans les textes, mais concrètement c'est fini. Même si ça n'encourage pas spécialement l'embauche, et donc la baisse du chômage. Qui paie ? L'Etat. C'est-à-dire nous. Même chose pour l'ISF, avec le bouclier fiscal à 50% de tous les revenus, qui prend en compte la CSG et le CRDS : le sigle ISF reste, mais l'impôt qui s'y rattache a quasi disparu »

C’est peut-être bien mais quels en seront les vrais bienfaits pour les « Français moyens » et sur l’économie française, donc sur cette croissance qui nous fait tant défaut…

Trois remarques :

>>>> Le côut de ces cadeaux  faits aux plus favorisés (ce qui état dans son programme) va alourdir la dette (ce qui n'était pas dans son projet)... D'ores et déjà, la France se fait sévèrement rappeler à l'ordre par le président de l'Eurogroupe : "Toutes les bonnes et les mauvaises idées doivent être prises selon les règles du pacte de stabilité et de croissance".  Cela n’a rien de dogmatique, c’est une leçon d’expériences : « Ce qui marche en Europe », comme dirait Nicolas Sarkozy,  montre que lorsque la croissance repart, c'est le moment où il faut baisser les déficits, pas les augmenter, ce qui va être le cas pour la France seule de la Zone euro avec le Portugal

.>>>  Les 15 milliards d'euros (de 11 à 20) qui permettraient de financer des réformes structurelles ne seront plus là pour les entreprendre (et il faudra quand même les mettre en chantier!) , ce qui nous promet des impots supplémentaires, donc sans doute, une hausse de la TVA payée par tous.

>>> Le problème français actuel, ce n'est ni la demande, ni la consommation qui tirent la croissance depuis 1999, mais l'état de l'appareil productif en partie inadapté, la faiblesse des PME, l'engagement dérisoire en ce qui concerne la recherche et l'état de l'enseignement supérieur. Ce n'est pas le choix qui a été fait. A sa façon, avec d’autres cibles, Sarkozy fait les mêmes erreurs de stratégie économiques qui étaient inscrits dans le programme de …Ségolène Royal

L’ami Serge July remarque : " Nicolas Sarkozy fait du François Mitterrand. Il faut appliquer les grandes lignes du programme sur lequel on a été élu, quel qu'il soit. On rectifie après. Même si c'est cher, très cher "…

Après 81, il y a eu 83, efectivement…

Mais deux ans de fausse route dans la situation où nous sommes, c’est grave. Mais qu’y pouvons-nous ? Sarkozy a tellement de qualités qui répondent aux critères de la démocratie d’opinion…Un jeune UMP à qui je confiais mes craintes m’a dit : "Mais vous méprisez le suffrage universel et vous prenez les Français pour des cons "…

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Je n’ai jamais méprisé les gens qui s’émerveillent du génie d’un excellent magicien. Mais, je n’oublie pas non plus le mot de De Gaulle, « les Français sont des veaux »… Le mimétisme de masse n’est pas une garantie de lucidité. D’où l’extrême versatilité de ce qu’on appelle l’opinion.

Le respect du suffrage universel, c’est d’abord le devoir pour ceux qui en tirent la légitimité de leur pouvoir de mener des politiques qui ne font pas illusion…Ou qui sacrifie le futur au présent.  Mais la « sarko ttitude » consiste d’abord à faire taire les Cassandre .

Daniel RIOT

 
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