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16/02/2008

FRANCE:Un "scandale Albert Frère" autour de la fusion SUEZ-GdF? (1)


Enigmes belges et

 

 

mystères français…

 

 

UNE  INFORMATION

 

 

EXCLUSIVE DE RELATIO

 

Victime d’un litige privé   avec une filiale d’Albert Frère, Jean-Marie Kuhn, un entrepreneur français,  mène une enquête minutieuse qui lui fait lever un lièvre politico-financier hors du commun.  « D’ordinaire, en matière de corruption, « ils » sont plus malins », commente un expert…

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 Jean-Marie Kuhn: victime d'un système et de pratiques condamnables, il plonge dans un univers politico-financier qui soulève bien des questions....(Photo Relatio)



D’un litige privé à

 

une affaire d’Etat…

 

Le 21 janvier dernier, RELATIO  révélait quelques informations (non démenties depuis) qui ont jeté troubles et embarras dans quelques milieux financiers, judiciaires et politiques. Au moins 1, 25 milliard d’euro d’argent public français aurait servi à enrichir le milliardaire belge Albert Frère !

Comment ? Les fils n’étaient pas tous démêlés...  Pourquoi ? Seule une enquête officielle pourrait le dire…

Mais les questions posées méritaient des réponses qui ne sont pas venues, en dépit des démarches effectuées au plus haut niveau de l’Etat par le plaignant…qui a vu sa plainte rejetée à la vitesse grand V d’une façon pour le moins troublante.

Ne voulant pas tomber dans les pièges de la médiatisation, refusant d’être instrumentalisé politiquement, d’abord soucieux de régler ses propres affaires, l’entrepreneur français à l’origine de ces découvertes (bien malgré lui) voulait conserver l’anonymat et tenter « d’épargner à la France un nouveau scandale ».

Mais, « trop c’est trop » : Il a parlé, à visage découvert. Sous l’œil d’une caméra. En présence de témoins. En exclusivité pour RELATIO. Et il a ouvert ses volumineux dossiers. « D’ordinaire, en matière de corruption, ils sont plus habiles », commente un expert qui a étudié à fond ce dossier…

L’homme n’a rien ni d’un « faiseur », ni d’un provocateur, ni d’un contestataire, ni  d’un anarchiste. Il gère ses affaires avec le souci d’être en accord avec son éthique de vie et se lance volontiers dans des aventures entreprenariales conformes à ses idéaux. Il aime la vie simple. Et il se veut un citoyen conscient de ses devoirs et soucieux de servir au mieux les intérêts de son pays.

C’est sans doute d’ailleurs parce qu’il n’est pas de la race des « cannibales » (de plus en plus nombreux en cette ère  l’hypercapitalisme financier) qu’il s’est fait escroquer dans une tractation commerciale où le « meilleur » est celui qui sait le mieux jouer… avec les règles du jeu.

Quand la franchise, l’honnêteté, la bonne foi deviennent des handicaps, salut les dégâts ! La morale et les appels à la  moralisation sont plus des thèmes de prédication politique que  des principes d’action…

Mais lui, Jean-Marie Kuhn, 52 ans,  c’est au nom de la morale et pour réparer le préjudice dont il a été victime  qu’il a mis en place une veille des affaires d’Albert Frère et qu’il a été conduit à  jouer (si l’on peut dire) aux détectives…

Plongée dans un décor d’affaires « en or », avec des personnages « renommés », des jeux subtils du « je te tiens, tu me tiens par la barbichette », des intrigues, des dessous de tables. Avec aussi des enseignes célèbres : Groupe Albert Frère, Quick, Eiffage, Suez, Gaz de France, Caisse des dépôts et consignations ... Avec encore quelques uns de ces apparentements terribles entre « affaires » et « politique » qui contribuent plus que  tout peut-être à décrédibiliser nos démocraties européennes.

Cela vaudra peut-être un jour un livre : un thriller politico-financier…dont la fin n’est pas encore écrite !

Quand la police des capitaux et la « justice financière » seront aussi bien équipées que la « police scientifique » et sauront rendre visibles ce que cachent les sociétés écrans, les filiales bidons, les secrets bancaires, les paradis fiscaux, les manipulations informatiques, de nouvelles séries des « Experts » vont faire grimper l’audimat…

En attendant, voici une ITW de ce héros bien malgré lui d’un épisode étonnant et détonnant : « L’énigme belge de la fusion Suez-GdF ». Avec une  bonne dose  de  mystères  français.

Daniel RIOT

 

 

 

ITW RELATIO

« A Bercy, on m’a suggéré de porter plainte : Cette affaire est extrêmement grave »

 

RELATIO: Vous êtes qui exactement, Jean-Marie Kuhn ?

Jean-Marie KUHN : Je suis dans les affaires. Immobilières et autres. En cela, je suis un entrepreneur qui participe  à la vie économique et sociale du pays et je tente de concilier mes intérêts personnels, mes idées, mes aspirations  et ce que je crois être l’intérêt commun. En l’occurrence, et sachez que cela me coûte de le dire, je suis une victime de pratiques que je trouve scandaleuses.

-Votre dossier impressionne, par son volume et par ce qu’il contient.

A l’origine, tout part d’un litige privé…

-Oui. A l’origine de l’affaire, il y a  la signature d’une Convention entre la société GIB et moi-même. GIB est une société belge, qui appartient aujourd’hui, principalement au groupe Albert FRERE. Et cette société a signé une Convention   aux termes de laquelle, elle devait réparer un préjudice me concernant. Cette convention a été signée en l’an 2000 et n’a jamais été honorée. Selon mes avocats, cette Convention, en fait, n’avait été signée que pour obtenir le retrait de ma plainte au pénal en Belgique.

-Votre litige se montait à combien ?

- A 22,5 millions d’euros. Un manque à gagner à la suite de malversations dans une affaire de reprise de sociétés. C’est parce qu’ils ont reconnu ce manque à gagner que les dirigeants de GIB ont voulu eux-mêmes réparer ces « dégâts » par cette  Convention. Personnellement, j’ai fait confiance. Pourquoi aurais-je du me méfier ? J’avais à faire à des gens crédibles…

-Pourquoi n’avez-vous pas réglé ces litiges devant les chambres de commerce par les circuits normaux ?

-Cette Convention n’ayant pas été mise en œuvre, je me suis d’abord rapproché d’un actionnaire de référence, à savoir BNP Paribas qui, en 2002, l’a étudiée et a procédé aux investigations qui s’imposaient. Et là, coup de tonnerre, BNP a pris deux décisions spectaculaires. La première, celle de ne pas donner suite à ma demande et la deuxième, celle de sortir de GIB. Ce qui fut fait sans tarder et la participation a été cédée au groupe Albert FRERE qui était déjà largement présent dans le capital de GIB au moment des faits, et représenté au Conseil d’administration par Gérald FRERE, fils d’Albert FRERE. En se désolidarisant ainsi des comportements du groupe Albert FRERE, les juristes de  BNP PARIBAS, m’ont écrit « comprendre que la Justice est par ailleurs saisie ». C’est dire la gravité des faits aux yeux de BNP PARIBAS…

-Vous avez donc saisi la Chambre de Commerce Internationale qui était désignée comme instance d’arbitrage dans la Convention,  je suppose ?

-La démarche auprès de BNP Paribas n’ayant abouti qu’à me conforter dans le bien-fondé de ma demande, se posait alors le problème de faire exécuter ladite Convention par voie judiciaire. Je voulais saisir la Chambre de Commerce Internationale, mais vous connaissez la lenteur, la lourdeur et le coût  de ce type de procédures. J’ai préféré poursuivre encore un peu sur la voie de la recherche d’un arrangement à l’amiable. Je suis un homme de bon sens, d’abord.  Et  au moment où j’allais le faire et dans le cadre de la constitution du dossier, j’ai eu connaissance d’agissements extrêmement troublants du Groupe Albert FRERE dans d’autres affaires.

-Quelles affaires ? Et comment avez-vous eu les informations dont vous faites état ?

-Quelles affaires ? Celle notamment qui fait la une des médias économiques aujourd’hui, je veux parler de SUEZ et GDF…. Comment en suis-je arrivé là ? En essayant de comprendre pourquoi mon litige avec Albert FRERE, important pour moi, mais relativement léger pour le groupe belge, restait ainsi sans solution, en l’air. Aux Etats-Unis j’aurais fait appel à un cabinet d’avocats qui emploient des détectives. En France, si vous voulez comprendre ce qu’il vous arrive, il faut parfois jouer soi-même les détectives, pratiquer ces investigations forcément longues et difficiles, tenter de décrypter des choses qui vous dépassent. J’ai passé deux ans, 2003 et 2004,  à tenter de comprendre. A démêler des fils. A trouver des pièces d’un puzzle à reconstituer… Ce n’est pas faute d’avoir multiplié les interventions, mais on m’a toujours promis des choses qui ne sont jamais venues. Et dans ce qu’il faut bien appeler mon « enquête », je me suis intéressé de plus en plus près aux activités d’Albert FRERE en France. Des activités qui se sont  étonnement étoffées et multipliées, puisqu’il est devenu présent dans des affaires telles que EIFFAGE, SUEZ, GDF, QUICK etc… Tout naturellement, je me suis dit : « mais lorsque l’on ne tient pas parole dans un dossier, pour un montant aussi faible pour Albert Frère, comment veut-on ou peut-on se comporter convenablement dans des affaires nettement plus importantes, avec des sommes en jeu autrement plus impressionnantes? » Je me suis dit aussi: « pourquoi moi, aurai-je été la seule victime d’Albert FRERE ? » Logique, non ?

-Et ce que vous dites avoir découvert dépasse l’entendement.

-Que l’Etat, par le biais de la Caisse Des Dépôts et Consignations, ait déposé, dans la corbeille du Groupe Albert FRERE 1,25 Milliard d’euros, comme un cadeau a de quoi intriguer, interpeller et scandaliser le citoyen que je suis, oui.

-Vous êtes arrivé à cette somme comment ?

-Le Groupe Albert FRERE et la CDC ont acquis, en même temps, des actions dans EIFFAGE  et la CDC a repris neuf mois plus tard la participation d’Albert FRERE pour 398 Millions d’euros dégageant une plus-value de 91 Millions d’euros pour Albert FRERE.

-C’est le genre d’opérations courantes, non ?

-La CDC aurait pu renforcer sa participation dès le départ, et économiser ainsi 91 Millions d’euros…. C’est vérifiable.

-Pourquoi un tel « cadeau », à votre avis ?

-A part pour enrichir Albert FRERE aux frais du contribuable, je ne vois aucune autre raison…Mais il ne s’agit là que d’une opération parmi d’autres…Je crois que nous vivons une époque difficile, et ce qui se passe au niveau du pouvoir d’achat, du chômage, des inégalités, de la faiblesse de la croissance et la dureté de la vie, font qu’aujourd’hui, plus que jamais, de telles pratiques ne devraient  plus avoir cours. Mais le plus troublant est à venir…

-C'est-à-dire ?

-Parlons de QUICK, cette chaîne de restauration rapide qu’Albert FRERE a cédée en novembre 2006, à la CDC pour le prix de 850 Millions d’euros. Or QUICK ne correspond pas aux critères d’investissements de la CDC  tels qu’ils ont été précisés par ses dirigeants lors de leur audition devant la Commission des Finances de l’Assemblée nationale le 24 janvier 2007… C’est d’ailleurs là encore une affaire de bon sens : chacun comprendra que le rôle de la Caisse de Dépôt, n’est pas avec l’argent du contribuable, d’acheter une société de restauration rapide qui avait un actionnaire, qui n’était pas en péril et dont les emplois n’étaient pas menacés.

-Et qu’a rapporté QUICK à Albert FRERE ?

-Une trésorerie importante et un Taux de Rendement Interne de 237%, dissimulé sous une présentation plus acceptable en l’affichant à 60% en taux annuel composé…

-Je ne comprends pas tout dans ces « dissimulation », mais visiblement, ce peut être juteux, la restauration rapide…

-Effectivement, encore des cadeaux. Et j’imagine mal la Caisse de Dépôt  débourser cet argent de son propre chef, sans l’ordre ou l’aval de l’autorité politique.

-C’est là que vous glissez sur un autre  terrain dangereux, celui des affaires et de la politique…

-Ce n’est pas moi qui glisse sur ce terrain là… Moi j’en reste aux faits, aux constats, et aux « coïncidences » et je ne crois pas au hasard. L’année 2006 a donc été particulièrement faste pour Albert FRERE qui a su faire débourser en décembre 1,25 MiIlliard d’euros par la CDC. Et c’est sur cette trésorerie qui lui est apportée par la CDC qu’il va pouvoir bâtir une prospérité longue, certaine et sans risque. Et, d’ailleurs, il ne perd pas de temps puisque, dès janvier 2007, le Groupe Albert FRERE renforce sa participation dans SUEZ pour détenir 13,4% des droits de vote. Coût de l’opération : 798 Millions d’euros. Avec de jolies perspectives de gains au terme de la fusion annoncée avec GDF……

-Toutes ces mécaniques comptables se résument mal en un entretien. Nous publierons un dossier en annexe par souci d’information en laissant bien sûr le soin aux experts de juger de la justesse de vos additions, multiplications et pourcentages… Ce qui me semble important, c’est le pourquoi de cette attention portée à Albert FRERE, de ces « cadeaux ». Si je vous suis, je suis amené à penser que l’Etat a apporté tout cet argent afin qu’Albert FRERE se renforce dans SUEZ et devienne incontournable

-Les faits parlent d’eux-mêmes … 

- La CDC est sous la tutelle du Ministère de l’Economie et des Finances. L’avez-vous contacté ?

-. Bien entendu, je me suis rapproché de Bercy. Du temps de Thierry BRETON et de Christine LAGARDE. Thierry BRETON était ministre lorsque ces opérations ont été conclues et Christine LAGARDE est la ministre de la concrétisation de la fusion GDF-SUEZ pour laquelle les décrets nécessaires viennent d’être publiés en décembre 2007.

-Vous oubliez un autre ministre des Finances qui peut être au moins indirectement concerné : Nicolas SARKOZY qui, alors qu’il était ministre de l’Economie et des Finances en 2004 a ouvert le capital de GDF et a pris l’engagement -non tenu d’ailleurs- de maintenir la participation de l’Etat dans GDF à un minimum de 70%.

-Vous avez raison. Cette décision a été le point de départ du processus de fusion SUEZ-GDF. On peut remarquer aussi sans en tirer aucune conclusion que Nicolas SARKOZY était  présent à toutes les étapes cruciales du processus: ouverture du capital de GDF lorsqu’il était aux Finances en 2004, vote de la fusion en 2006 lorsqu’il était président de l’UMP, et arbitrage  en faveur d’Albert FRERE en 2007 en tant que Chef de l’Etat…

-L’avez-vous informé, contacté, questionné, consulté directement ?

-J’ai informé Monsieur Nicolas SARKOZY de mes constats et de mes interrogations légitimes  à de multiples reprises. Lorsqu’il était candidat à la Présidence, quand il a été élu mais pas encore investi et depuis qu’il est en fonction.

-Comment l’avez-vous informé depuis qu’il est à l’Elysée ?

-Par l’ensemble de ses Conseillers, dont les plus proches et les plus influents : Guaino, Guéant, Martinon, Mignon…A part des entretiens téléphoniques où l’on me promettait une audience jamais venue, la seule réponse écrite date du 19 juillet 2007.

-J’ai vu que vous aviez alerté l’Élysée d’une façon ou d’une autre 109 fois, vous êtes un obsessionnel des mails, des dossiers, des coups de fil à répétition … ?

-Non, si j’ai des obsessions, ce ne sont pas celles-là .Je me serais bien passé de tout ça. Mais vous avez raison de le souligner, 109 interventions ont été faites pour alerter l’Élysée. Comme réponses écrites, j’ai une réponse plus surprenante que d’autres. Celle d’Emmanuelle Mignon, directrice du cabinet de Nicolas Sarkozy, qui m’a opposé une fin de non-recevoir extrêmement sèche, dans un mail, qu’elle m’a adressé le 19 juillet 2007, alors que deux jours avant il « était question que j’aie une audience « dans les délais les plus brefs ».

-Oui, mais qu’est ce qu’elle avait d’étonnant cette réponse cette fin de non-recevoir ? Ce n’est pas de la compétence du Président de la République de s’occuper des affaires d’Albert FRERE et des vôtres …

-Non, ce n’est pas de sa compétence, mais le rôle de l’Etat n’est pas non plus d’enrichir un milliardaire avec des fonds publics… Au moins, sa réponse constitue-t-elle une preuve que l’Elysée n’ignore rien, absolument rien des faits que j’énonce…

(à suivre)

  

(ITW recueillie par Daniel RIOT et Sandrine KAUFFER et texte des réponses relu par l’interviewé et l’un de ses Conseils)

:

L’AFFAIRE SUR RELATIO  

>>>UN PARFUM DE SCANDALE :

 

 >>>VERS DE NOUVELLES PLAINTES DEPOSEES



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