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16/02/2008

Un "scandale Albert Frère" autour de la fusion SUEZ-GdF? (2)

La suite de l’ITW de Jean-Marie Kuhn à RELATIO

 

LE LOURD SILENCE

 

 

DES POLITIQUES…

 

 

 

480 interventions motivées

et seulement 16 réponses


 

« Des casseroles liées à un

 

capitalisme immoral

 

que Sarkozy prétend combattre »

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Jean-Marie Kuhn: "Deux hommes peuvent règler mon dossier, Albert Frère et Nicolas Sarkozy" (photo Relatio)


RELATIO : Considérez-vous que le Président a été directement et incontestablement informé ? L’absence de réponse à vos requêtes et messages n’est pas forcément la preuve d’une loi non écrite du silence. Les entourages sont d’abord des filtres…

JEAN-MARIE KUHN : On peut tout de même penser et même espérer que la directrice de cabinet engage le Président… Cependant, conscient des filtres, j’ai porté le dossier à la connaissance de Maître Thierry HERZOG, l’avocat personnel de Nicolas SARKOZY, et également de Maître Arnaud CLAUDE associé au cabinet d’avocats « Nicolas SARKOZY - Arnaud CLAUDE ». Alors que je les ai informés à quatre mois d’intervalle, ils m’ont fait la même réponse écrite « n’ont pas vocation à … ». Pourtant ces deux cabinets sont spécialisés dans les affaires financières. Thierry HERZOG est l’avocat de Nicolas SARKOZY notamment dans l’affaire CLEARSTREAM, affaire financière emblématique s’il en est, et le cabinet de Nicolas SARKOZY traite aussi d’affaires financières… 

-  Et l’Hôtel Matignon, dans ces affaires ?

-Deux périodes à Matignon: celle de Dominique de VILLEPIN qui a saisi la Chancellerie. Nous en avons parlé.

- Et celle de  François FILLON...

-Je l'ai informé personnellement par courrier UPS le 18 mai 2007. Il a chargé un Conseiller de ce dossier. Le 4 juin 2007 était une journée à marquer d'une pierre blanche.

-Pourquoi?

- Trois appels de Matignon: le premier à 9h31 pour me proposer une audience de 30 mns pour le 6 juin à 18h00, un second appel à 10h44 pour proposer d'avancer le rendez-vous à 17h00 afin de disposer de 90mns, et un troisième et dernier appel à 12h32 pour annuler le rendez-vous aux motifs que ce créneau serait occupé par le Premier Ministre, et préciser qu'une nouvelle date serait fixée au lendemain des élections législatives.

- Qui est ce Conseiller? Quelles sont ses fonctions?

-Antoine GOSSET-GRAINVILLE, directeur - adjoint du Cabinet de François FILLON. Il vient, du privé et était avocat - associé et chef du bureau de Bruxelles du cabinet d'avocats GIDE. Il se trouve que Gide a été mon conseil au début du litige avec le Groupe Albert FRERE, est devenu depuis le Conseil habituel d'Albert FRERE, ce qui n'a pas du tout empêché Christine LAGARDE d'en faire le Conseil de l'Etat pour la fusion...

-Après cette annulation de l'audience, avez-vous baissé les bras ?

-Evidemment non. J'ai fait délivrer une sommation interpellative par exploit d'huissier à Antoine GOSSET-GRAINVILLE le 29 juin 2007 et, depuis cette date, j'ai adressé 9 courriels à François FILLON, 13 à Sylvie FOURMONT qui est chef de son secrétariat particulier, 11 à Antoine GOSSET-GRAINVILLE, et 3 aux Conseillers suivants: Maryvonne CAILLIBOTTE, Franck ROBINE et Myriam LEVY...

- Avec quelles réponses à la clef?

-Trois entretiens téléphoniques avec Sylvie FOURMONT qui me promet une réponse ou une audience à bref délai, depuis... juillet 2007!

-L’article 40 du code de procédure pénale stipule qu’une personne détentrice de l’autorité publique doit porter immédiatement à la connaissance du Procureur des faits délictuels et lui fournisse tous les éléments en sa possession. Il semble qu’il s’agisse de faits suffisamment troublants. Quelqu’un a-t-il saisi la Justice ou vous a incité à le faire ?

- Oui, Monsieur Dominique de VILLEPIN, alors qu’il était Premier Ministre, a saisi la Chancellerie dès le 19 avril 2007. Monsieur Alain JUPPE par son chef de cabinet, m’a conseillé de porter ce dossier à la Justice. La Chancellerie m’a promis une réponse rapide. Mais le changement de Gouvernement a interrompu la célérité et peut-être la sérénité, car mon dossier a été perdu,  après un nouvel envoi et de multiples interventions j’ai enfin obtenu une réponse le 23 juillet 2007, sachant que les réponses téléphoniques ne cachaient ni la gravité des faits ni l’embarras à me répondre par écrit.

-Que dit cette réponse ?

-Elle considère qu’il s’agit d’une affaire privée et occulte totalement la partie publique pour laquelle Matignon l’avait pourtant saisie.

-Et Bercy ?

-Thierry BRETON n’avait jamais daigné me répondre et là encore, on me faisait des promesses d’audience quotidiennes jamais tenues…. Mais il a pris soin de se dédouaner en déclarant le 6 octobre 2007, alors qu’il était auditionné au Sénat dans le cadre de l’affaire EADS, avoir appris la cession de QUICK par la presse et non par la CDC…Christine LAGARDE, elle, a désigné l’un de ses Conseillers qui a travaillé pendant quatre mois sur le dossier. Madame LAGARDE m’a appelé personnellement le 17 septembre 2007.

-Résultat ?

-En date du 5 décembre 2007, lors d’une réunion au Ministère des Finances, il m’a été fortement conseillé de déposer une plainte, en me précisant que le haut niveau des personnalités impliquées ne devait pas me décourager mais, bien au contraire, était une circonstance particulièrement aggravante.

-Vous me dites là que c’est le ministère qui vous a conseillé de porter plainte ! Comment expliquez-vous que le Ministère des Finances n’ait pas déposé plainte lui-même ?

-Je l’ignore mais on peut penser qu’il n’a pas été autorisé à le faire… Hiérarchie oblige…Etrange, en effet.

-Je ne connais pas bien le fonctionnement interne du Ministère des Finances mais permettez moi d’être surpris… Cela mérite des explications un peu plus détaillées, même si, je le comprendrais, vous ne voulez pas mettre en  cause des gens qui en l’occurrence semblent avoir très bien fait leur travail.

-Madame LAGARDE a délégué un Conseiller nommé Philippe LOGAK, avec qui j’ai travaillé pendant 4 mois. Nous avons échangé quantité d’informations, sous formes de mails, de  dossiers et d’échanges téléphoniques. Durant ces 4 mois, Monsieur LOGAK m’a tenu au courant des différentes étapes. Ainsi, une enquête approfondie a été confiée à la direction juridique. Cette enquête a duré 6 semaines, et au vu de ses conclusions, la direction financière a été saisie par Madame LAGARDE. Aux termes de ces deux rapports et de ses investigations, M. LOGAK s’est assuré, par un appel téléphonique du 14 novembre 2007 au soir, que je ne porterai pas plainte et que je n’exigerai pas du MINEFI qu’il porte lui-même plainte. J’ai rassuré Monsieur LOGAK sur ces points et il me disait en référer à Madame LAGARDE et revenir vers moi sous quinzaine, le temps de trouver la solution amiable à mon problème.

-Évidemment, vous avez  acquiescé, puisque votre but n’est pas de jouer les Zorro mais d’obtenir finalement votre dû.

-Bien sûr. Et effectivement, le 26 novembre, M. LOGAK m’a appelé    pour me dire avec enthousiasme que Madame LAGARDE avait désigné Madame Nicole PLANCHON pour m’arranger au mieux dans cette affaire. Et M. LOGAK m’a présenté Madame PLANCHON comme une personne particulièrement importante à deux titres :

1) Dans la hiérarchie du MINEFI, elle est directrice du droit privé à la direction des affaires juridiques, ce qui est un poste extrêmement important,

2) Elle est aussi Magistrate de formation et saisit donc mieux que quiconque, ce qui se passe dans ce dossier.

Un rendez-vous a été fixé au 5 décembre 2007, à 10h, au MINEFI. Madame PLANCHON, à ma grande surprise, n’avait qu’une connaissance sommaire du dossier. Je lui ai fourni quelques explications et, après une demi-heure d’entretien, elle m’a dit, en substance : « M. KUHN, ce dossier est tellement grave, ce n’est pas parce que des personnes haut placées sont impliquées d’une manière directe ou indirecte, qu’il s’agit à mes yeux d’une circonstance atténuante. Bien au contraire, c’est une circonstance aggravante. Je vous incite vivement à déposer une  plainte, sans tarder »

 

 

-C’est à la suite de cet entretien que vous avez déposé une plainte « contre X, contre le groupe Albert Frère et autres », avec une déclinaison collatérale, qui inévitablement rejaillit sur l’inertie de certains hommes politiques.

-J’étais abasourdi par cet entretien et j’en ai immédiatement informé Monsieur LOGAK qui paraissait sincèrement surpris. Je lui ai également fait part de mon étonnement que Madame PLANCHON n’était pas en possession de l’intégralité de mon épais dossier mais seulement de quelques éléments qui tenaient dans une petite chemise. Rien ne correspondait avec ce que m’avait dit Monsieur LOGAK. Il m’avait assuré, le 26 novembre, que le dossier était déjà entre les mains de Madame PLANCHON et que le complément qui se trouvait encore dans son bureau lui parviendrait dans la journée. Monsieur LOGAK a conclu notre entretien téléphonique en me disant qu’il ne comprenait pas, que tout était pourtant clair avec Madame LAGARDE, qu’il était désolé, et qu’il reviendrait vers moi. Nous avons ensuite eu plusieurs échanges qui montraient son embarras devant ce changement de ligne et il a fini par m’avouer que la position de Madame PLANCHON était devenue celle, officielle, du Ministère des Finances. Fort de ces informations, j’ai donc déposé une plainte le 24 décembre 2007, en période de vacances judiciaires. J’avais, auparavant, pris soin de porter le projet de plainte à la connaissance de l’Elysée, de la Chancellerie, de Matignon et bien entendu de Bercy. C’est cette plainte qui a été classée sans suite le 11 janvier 2008 au motif d’être « insuffisamment caractérisée ».

-Un classement TGV. Avez-vous été entendu par la Justice ?

-Non. L’un de mes Conseils, Maître Catherine BRAUN, avocat à la Cour, m’a fait part du classement le 11 janvier 2008. Ce classement -effectué en 4 jours, la rentrée judiciaire ayant eu lieu le 7 janvier !-, ouvre la voie à de nouvelles actions judiciaires notamment au dépôt de plaintes avec constitution de partie civile en France et / ou en Belgique.

-Et maintenant ?

-Le 29 janvier 2008 j’ai écrit une dernière fois au Président, sans réponse à ce jour. Et j’ai demandé audience à Christine LAGARDE, car il est important pour mes avocats d’avoir communication du rapport d’enquête de la direction juridique et de la direction financière du MINEFI. Une réponse m’avait été promise sous 2-3 jours. A chacun de mes appels, on me dit que la demande est sur son bureau, qu’elle ne l’a pas encore signée etc. C’est la politique de l’autruche. Aussi réfléchissons-nous aux actions à entreprendre, car il est bien évident, qu’un certain nombre de magistrats ont vu ce dossier aussi bien au MINEFI qu’à la Chancellerie et la gravité des faits ne leur a pas échappé. J’ai même consulté un professeur spécialiste en droit pénal des affaires, professeur émérite s’il en est, qui a eu cette remarque lapidaire, après avoir longuement étudié le dossier, en me disant: « d’ordinaire, en matière de corruption,  « ils » sont plus malins ». Et là, voyez-vous M. RIOT, j’étais surpris car, comme me disait un ami député, nous pensions que depuis longtemps la France était débarrassée du problème de la corruption

- « Corruption ? Le mot est fort. « Pacte de Corruption » ? C’est encore plus fort. Et vous mettez sinon SARKOZY du moins l’Elysée en cause. Une accusation graveVous savez, qu’en parlant devant nos caméras et nos micros, devant nous, vous prenez le risque d’être poursuivi devant les tribunaux pour diffamation, atteinte à la dignité du Président de la République et quelques autres « fariboles », comme dirait la Ministre de l’Economie…

- Je n’accuse personne. Et je ne jette aucune suspicion sur quiconque. M. SARKOZY a raison lorsqu’il dit qu’il faut savoir défendre ses idées et garder un certain sens de l’éthique et de la morale. Au nom de ce sens de l’éthique et de la morale, je prends ce risque. J’attache beaucoup d’importance à la présomption d’innocence, donc loin de moi, toute idée d’accuser quelqu’un ou de suspecter quelqu’un. « Pacte de corruption » ? C’est le nom qui convient, selon moi. La justice en délibérera s’il le faut. Je n’accuse Monsieur SARKOZY de rien. Aujourd’hui, je veux simplement dire que M. Nicolas SARKOZY a été informé par une multitude d’interventions, c’est-à-dire des envois par porteur, des mails, une sommation interpellative, adressée à Matignon et une autre adressée à un directeur de cabinet.

-Certains esprits pourraient même voir dans les silences de l’Elysée et de nombreuses personnalités non une protection du Président mais une occasion de le déstabiliser un peu plus à un moment difficile pour lui à plus d’un titre…

-Que chacun voit ce qu’il veut y voir. Là n’est pas mon problème. Je réagis tel un homme floué. J’ai tout fait pour avertir les autorités concernées sans jamais privilégier une exploitation politicienne, car la France vaut mieux que cela. J’ai aussi fait montre d’une patience qui d’ailleurs nuit considérablement à ma vie professionnelle et personnelle. Je ne suis pas un Don Quichotte. Et je vous le redis je suis victime et non procureur.

- Vous allez continuer à alerter les politiques. Est-ce que vous avez saisi aussi les députés, qui font partie de l’amical de la lutte anti-corruption par exemple, « Transparency international » ou d’autres..

     -Je considère l’information largement suffisante : 2 sommations interpellatives, 424   courriels, 31 courriers, soit un total de 457 interventions, qui ont donné lieu à 16 réponses écrites et à un classement sans suite. Je ne parle pas de la multitude d’entretiens téléphoniques qui ont donné lieu, pour certains, à des confidences édifiantes…On peut quand même dire que ce dossier, qui est maintenant un dossier complet et étoffé, se heurte à une inertie politique qui pose vraiment un problème et bien des questions. J’ai réellement travaillé d’une manière très dense et les faits ont été avérés, recoupés, vérifiés… Et comme je ne voulais pas que ce dossier pollue les échéances électorales, j’ai accepté, à la demande de certains élus UMP, de laisser passer la présidentielle puis les législatives. J’ai renoncé à faire valoir et prévaloir mes intérêts privés au bénéfice de l’intérêt supérieur de la Nation. Et au fur et à mesure que les mois ont passé le dossier s’est étoffé, s’est aggravé et un certain nombre de complicités passives, pour ne pas dire plus, se sont révélées au grand jour. Aujourd’hui, on me suggère « attendez les « municipales ». Et après quoi d’autre ? Non… Je suis devenu impatient, chacun peut le comprendre.

-Qu’est-ce qui vous tient le plus à cœur en ce moment : c’est de récupérer l’argent que vous avez perdu ou que justice soit faite sur un plan général ?

-Quand vous êtes un petit entrepreneur et qu’il vous manque une telle somme pendant autant de temps, naturellement vous souhaitez qu’un jour réparation soit faite. Vous ne pouvez imaginer à quel point j’ai été freiné dans mes projets et les dommages collatéraux sont nombreux, importants et indélébiles. Je veux donc récupérer mon dû et mon honneur et je remuerai ciel et terre pour y arriver. Ma détermination est totale et comparable à celle de M. SARKOZY dans l’affaire Clearstream, qui ne lui a pourtant pas coûté d’argent et qui ne l’a pas empêché de devenir Président. Je n’ai ni haine ni amertume contre quiconque. Deux personnes ont le pouvoir de faire réparer immédiatement mon préjudice : Albert FRERE en tant que patron de son Groupe, et le Président de la République qui peut et doit intervenir auprès d’Albert FRERE pour que celui qui est devenu incontournable grâce aux fonds publics ne traîne pas plus longtemps de telles casseroles liées à un capitalisme immoral que notre Président, Monsieur Nicolas SARKOZY, dit vouloir  assainir. »


(ITW recueillie par Daniel RIOT et Sandrine KAUFFER et texte des réponses relu par l’interviewé et l’un de ses Conseils)



L’AFFAIRE SUR RELATIO  

>>>UN PARFUM DE SCANDALE :

 

 >>>VERS DE NOUVELLES PLAINTES DEPOSEES

 

Fiche sur Albert Frere



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