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23/10/2007

Europe : Vous avez dit « populisme » ?

L’éditorial de Daniel RIOT pour RELATIO

POPULISME. Le mot s’étale, une fois de plus, dans tous les commentaires, ou presque, sur l’échec des jumeaux de la droite « dure » de Pologne et sur la réussite de  Blocher, en Suisse. Comme sur les poussées indépendantistes des flamands belges, les inspirations xénophobes des législations européennes sur les immigrations, les développements de la politique-spectacle, les excès de la médiacratie, les contestations de la démocratie représentative,  les poussées des idées néo-conservatrices de droite, les dominations des croyances sur la rationalité, et/ou les démagogies révolutionnaristes d’extrème-gauche…

POPULISME. Quelle définition donner à ce mot qui s’appliquant à tout, ou presque, finit par ne plus avoir de sens ? Est populiste celui qui flatte le peuple en prétendant le servir tout en le trompant ? Sans doute.

Est populiste celui qui tente de séduire le plus grand nombre en jouant sur les leviers les moins nobles de la nature humaine : jalousie face à ceux qui ont « réussi » (les « élites ») ; sentiments d’insécurité ; émotivité mal maîtrisée ; simplisme des solutions face à une société de plus en plus complexe ; peur de la concurrence des « autres » (réflexes des petits blancs aux Etats-Unis) ; rejet de « l’Autre », trop différent ou trop semblable ; transformation, selon le mot de Finkielkraut, de « la culture de l’autre en négation de l’autre » ; exaltation des pouvoirs des « masses » ; culte du « chef »…

POPULISME. Le mot est lié bien sûr à PEUPLE, un autre terme que les dictionnaires peinent à définir…  Un « ensemble d’êtres humains vivant sur le même territoire ou ayant en commun une culture, des mœurs, un système de gouvernement. » Oui, mais cela sous-entend un unanimisme impossible...

Coup d’œil dans le rétroviseur : Le « populisme » contemporain est né (signe d’une Europe prise en sandwich ?) en Russie et aux Etats-Unis…

Le mot  a été inventé lors de la seconde moitié du XIXe siècle par des intellectuels révolutionnaires anti-tsaristes russes et correspond peu ou prou au mot « narodnik ». Ces révolutionnaires idéalisaient les paysans, leur mode de vie et surtout l’âme du peuple russe pour lutter contre l’arbitraire…

Le mot a trouvé sa version américaine en 1890 aux Etats-Unis avec le « People’s party », qui réunissait des petits propriétaires terriens…contre les riches de « Wall Street ». Un « agrarianisme » que l’on retrouvera au XX ième siècle en Europe centrale et orientale : les roumains du Parti paysan de Stere, les mouvements agrariens en Pologne (le Parti paysan Piast), en Bohémie (le Parti des fermiers et des petits paysans) ou en Serbie (le Parti agraire serbe).

Et un mot qui prendra sa pleine signification à la fois péjorative et laudative en Amérique latine dans les années 30… Avant le triomphe du Péronisme.

En France, le mot « populisme » est très en vogue depuis les années 90. Il a d’abord été utilisé, par facilité,  en litote : à la place de anti-démocrate, de raciste, de xénophobe, d’hostile aux droits de l’homme… Il s’agissait de ne pas accabler  Le Pen de qualificatifs trop « forts » susceptibles de fonder bien des procès en diffamation… Le racisme, l’antisémitisme sont des délits : le populisme est une façon d’être et de faire…   

Il est aussi utilisé, par excès,  en emphase, d’une façon stupide : « populistes », les attaques (justifiées)  de Bayrou contre les « puissance d’argent qui dépendant des commandes d’Etat et dominent les média » ? On est toujours le populiste de quelqu’un, sans doute…

Et comme nous ne sommes jamais en panne d’un « post » ou d’un "néo" pour masquer notre manque d’inspiration, nous avons créé le « néopopulisme » qui vise ceux qui utilisent les média en  privilégiant le pathos au détriment du logos. Comme si cela était nouveau …

A force d’être mis à toutes les sauces, le mot « populisme » est  devenu un terme « auberge espagnole » : chacun y trouve ce qu’il y met. Et cela n’est pas que français. « il y a en Europe autant de populisme que de pays », constate Jean-Yves Camus, chercheur spécialisé dans les « extrêmes droites »,  en faisant la différence entre le « populisme de récession » (la France de Le Pen), le « populisme d’ajustement» (la Pologne des jumeaux), le « populisme de prospérité » (la Suisse de Blocher)…

Peut-être. Tous, en tous cas, recouvrent des idéologies, des pratiques ou des desseins qui reposent sur une exaltation du nationalisme (et non du patriotisme), de la loi du plus fort, de l’autoritarisme, de la méfiance envers les élites et de la défiance démocratiques, du non respect des droits de l’Homme, d’un « Vivre ensemble » marqué plus par ce qui divise que par ce qui réunit et d’un air du temps liberticide … Sans doute parce que la Liberté est plus facile à être célébrée en chantant qu’à être assumée. Et parce qu’en cette ère de « l’individualisme de masse », la « massification des individus » se paye cher par l’altération, l’amputation voire la négation, de la …Personne.

Cette déferlante des « populismes » est plus culturelle que politique. C’est ce qui la rend particulièrement inquiétante. En cela, la Suisse n’est pas une exception européenne … même si, avec Blocher, elle est condamnée à rester longtemps un trou sur la carte géographique de l’Union européenne.

Au moins, pour l’heure, Blocher n’a pas inscrit à son programme le retrait de l’Helvétie du Conseil de l’Europe, donc de la famille des droits de l’Homme : ce filet de sécurité peut être utile, au bord du lac de Genève, et ailleurs.

Daniel RIOT

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