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14/09/2007

Université: Le Doyen de la fac de droit incite des étudiants à déposer des recours contre les notations d'une enseignante engagée au Modem

Université et politique : Quand le Doyen de la fac de droit de Strasbourg se discrédite en donnant crédit à une désinformation orchestrée contre une de ses collègues

CUTAJAR A LA UNE ! C’est un slogan qu’elle aurait pu prendre pour sa campagne des Législatives dans la première circonscription de Strasbourg, Chantal ! Mais cela ne correspond pas à son style, plus réservé, moins pschitt, moins creux… Cutajar à la « Une » : ce fut dans les DNA d’hier matin ! Bien malgré elle.

Bandeau en Une générale et en Une région ! Avec une photo très bien : l’une des plus réussies d’elle publiée à ce jour dans le journal local. Et avec un texte (je ne plaisante pas) remarquable de Denis Tricard. Sur ce sujet qui n’est en rien une « affaire » mais qui soulève des problèmes délicats, il a su confirmer ses qualités journalistiques. Sérieux de l’enquête et rédaction intéressante.

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(photo DNA)

Je résume pour ceux qui ne savent pas : Mme Cutajar, enseignante-chercheur à l’Université Robert Schuman et …candidate aux prochaines municipales de Strasbourg, est attaquée  à la suite d’une initiative (soutenue par la Région, par le rectorat, par la Présidente de l’université, par la Halde, par la secrétaire générale adjointe du conseil de l’Europe et par ceux qui luttent contre les délits de racisme, d’antisémitisme, de  discriminations et de négationnisme. Le Doyen regrette par voie de presse qu’aucun étudiant n’ait déposé de recours sur ce qu’il appelle des « surnotations » et demande des sanctions contre l’enseignante. La présidente de l’Université ne traduit (évidemment) pas Mme Cutajar devant le conseil de discipline. Mais le mal est fait. La réputation (« c’est ce qui ne dépend pas de nous », disait Aristote) de Mme Cutajar est touchée. Celle de l’université Robert Schuman aussi. Et le Doyen se dédouane en accusant le journaliste d’avoir trahi ses propos…C’est si facile!

Je n’ai pas ici (ce n’est pas de ma compétence) à commenter ce qui est dit ou écrit sur les fautes de vocabulaire commises dans les narrations de cette affaire qui n’en est pas une (« surnotation » sur le volontariat, par exemple !) ou sur la mémoire très sélective du doyen, ou sur tous les détails qui mériteraient des démentis. Mais cet article (qui va en entraîner d’autres ailleurs, c’est la loi du tapage médiatique)   met en relief quelques signes de notre temps  qu’il serait criminel de ma part de ne pas souligner

1° Une rumeur dénuée de tout fondement, partie d’informations fausses, partiales et partielles se répand dans quelques bars (par des faux amis puis par de vrais ennemis politiques de Chantal). Elle est reprise par des blogueurs anonymes qui se voient porteurs de scoops et se sentent chargés d’une mission de Zorro du Rhin. Ce bruit de ville comme il en est tant d’autres à propos de toutes celles et de tous ceux dont « la tête dépasse » dans Strasbourg-Village devient une information « puisque c’est écrit dans le journal ». Relire « La rumeur d’Orléans » d’Edgar Morin ! Ce fut écrire avant le NET, le web, les blogs. Sociologues de l’information, à vos plumes : cette belle étude  est à refaire…

Comme l’a  écrit un lecteur (qui a joué les incendiaires sur son propre blog) dans un commentaire publié sur mon blog-notes, on vit dans une époque,   où l’accusation n’a pas à fournir des preuves du bien fondé de ce qu’elle avance, mais où l’accusée (même à tort ou de rien) doit faire preuve de son innocence… C’est le genre de raisonnement qui peut mener loin. Le stalinisme (comme le fascisme) reste vif dans bien des têtes…

2° En politique, tout est bon… Ce n’est pas nouveau. Et l’exemple vient d’en haut… Chronologie de ce qui est devenue la « rumeur Cutajar » …

Cette rumeur soigneusement gonflée est née à la fin janvier (et non en juin). A la suite d’une note mal attribuée par les services et rectifiée. Avec la signature du Doyen. J’attendais d’ailleurs que cette (fausse) affaire monte à la surface pendant la campagne des législatives. Mais non… Ceux qui auraient pu le faire ne croyaient pas que Chantal ferait l’excellent score qu’elle a fait. Alors, pas de vile attaque qui aurait pu avoir un effet boomerang !

Elle est revenue, cette rumeur,  sur quelques blogs (de droite) dès que la candidature de Chantal aux municipales s’imposait …telle une évidence. Naturellement. N’en déplaisent aux jaloux, aux misogynes, aux drogués de la propagande du « tandem », aux rancuniers et aux rivales, à celles et ceux qui n’ont pas été jugés assez compétents, ou fiables,  pour remplir des fonctions dans l’équipe de Chantal…Eh ! Faire de la « politique autrement », c’est faire preuve d’une exigence qui peut blesser des susceptibilités écorchées.Et alimenter des rancunes et des rancoeurs.    

Cette rumeur réapparaît et court d’abord dans les nids « centristes » (ou plutôt « centreux », comme je me dois de  faire la différence) qui supportent mal les qualités personnelles de Chantal Cutajar, ses chances de réussite,  et son engagement sans faille sur la « ligne Bayrou ». Indépendance et Liberté, non proclamées mais assumées !

Cette rumeur diffamatoire  et infamante a même été évoquée,(avant la publication de l’article des DNA) en pleine réunion de la première section de l’UDF par le Président de séance Jacques Bon (expert en affaires universitaires sans doute ?) avec la spontanéité qu’ont parfois les esprits limités et grossiers (voir ma précédente chronique).

Cela, bien sûr, (j’étais remarquablement placé pour lire sur les visages) pour la plus grande joie de celles et de ceux (minoritaires en la circonstance) qui ne veulent évidemment que du « bien » à Chantal. Les personnalités intègres, courageuses et tenaces se font toujours beaucoup d’ennemis, c’est la vie. Surtout quand elles font de l’ombre à celles et ceux qui se prennent pour des soleils malgré leur esprit en lampe de poche.

Certains, avec cette campagne de désinformation,  ont vite affiché une triple satisfaction, ou plutôt trois satisfactions additionnées :

>>>Celle de (tenter de) démolir une « femme à abattre » du « tandem » UMP qui dirige Strasbourg. Il est vrai qu’elle n’est pas gagnée gagnante par les politiciens locaux, mais c’est elle qui est la mieux placée pour faire tomber le « tandem » aux pneus dégonflés. 

>>>Celle de (tenter de) salir une enseignante-chercheur qui s’est taillée une réputation internationale dans un domaine du droit qui gêne considérablement bien des « milieux » (le droit des affaires et la lutte contre l’économie criminelle, donc la corruption). La jalousie à l’Université, vous connaissez ? Non, il n’y en a pas…Et la haine de ceux qui n’enseignent le droit que pour permettre à des vrais pro de contourner le droit, vous ne connaissez pas ? Oh !Non. Ce serait « juridiquement incorrect » d’en parler…

>>> Celle de (tenter de) blesser une humaniste ou plutôt une personnaliste qui fait croisade (sans arrière pensée politicienne) contre les discriminations, contre tout ce qui nourrit l’antisémitisme, l’islamophobie, les racismes, les discriminations et contre tous ceux (et celles) qu’on nomme les « négationnistes », ceux (et celles) qui nient l’indicible. C’est parce qu’elle avait honte de la passivité des profs de droit (pas seulement de Strasbourg !) devant les propos inadmissibles et révoltants d’un prof lyonnais député européen et responsable du front national que Chantal Cutajar a pris son initiative. Une initiative tout à fait conforme, en plus,  à la volonté de faire bénéficier les lycéens du savoir des étudiants. Plus de 1000 lycéens en ont tiré parti cette année ! Et cette initiative a (ou avait, allez savoir, après les exploits du jour du Doyen !) vocation à devenir nationale. Ce qui serait tout à l’honneur de l’Université Robert Schuman.

Passons. A force de prendre des coups, Chantal se durcit l’épiderme. Elle en devient plus forte. Le « tandem » pendant quelques mois de « cohabitation » lui a appris tout ce qu’il ne faut pas faire quand on veut bien diriger une ville. Les attaques dont elle est l’objet depuis lui ont appris à  résister à la méchanceté, ont renforcé son refus des injustices  et ont dopé son énergie. Du coup, ceux qui l’estimaient l’admirent. A quelque chose malheur est bon.

Elle est de celles et de ceux que la petitesse des médiocres grandit, non de celles et de ceux qui se laissent rapetisser par les petits.

3° Comme me dit une amie enseignante (pas en droit !) :« Nous, les profs et les maîtres de conf’,  nous sommes plutôt inquiets par ce qui arrive à Cutajar… Si la moindre divergence sur une notation ou sur autre chose des enseignants avec leur hiérachie finit dans les DNA, le journal devra créer une nouvelle rubrique. Et si les Doyens se mettent à inciter les étudiants à contester leurs notes, nous ne sommes pas sortis de l’auberge »…

Il est vrai qu’un Doyen qui regrette publiquement l’absence de plainte ou de recours de la part des étudiants est un personnage qui mérite soit une médaille soit une sanction. Tout dépend de l’idée que l’on peut se faire de l’Université. Exprimer un tel regret devant un journaliste (ou au téléphone) revient à une incitation à la délation, non ? Enfin, je ne suis pas juriste, comme ce cher Doyen est sensé l’être.

Si je m’écoutais, à ce stade, je m’interrogerais publiquement sur quelques rumeurs qui traînent en ville sur ses idées et ses engagements politiques, mais je ne peux faire ici (même sous signature identifiable) ce que je dénonce ailleurs…Plus vicieux, encore, je pourrais publiquement lui demander pourquoi il ne se rend compte qu’en juin de faits qu’il connaît et qu’il avait avalisé en janvier. Mais je ne veux aucun mal à ce Doyen. Je lui reproche seulement de donner de son université une image qu’elle ne mérite pas. Et de s’être rendu complice d’une entreprise visant à discréditer une de ses collègue.

On démissionne quand Monsieur le Doyen ? Je me permets de vous poser la question (presque) en direct puisque je viens de recevoir à l’instant, en finissant cet article,  copie du courriel par vous envoyé cet après-midi aux enseignants de votre université où vous traitez de menteur (c’est comme cela que je lis ce que vous avez écrit) le journaliste des DNA.

Géniale, votre mise au point. Vous l’avez envoyée aux DNA, j’espère. Vous devriez écrire à la Présidente pour réclamer contre vous une « sanction plus que symbolique » et réunir pour (contre) vous le « conseil de discipline ». Allez va, je la publie intégralement cette rectification si bien écrite, avec un souci de la grammaire que vos confrères de Marc Bloch apprécieront aussi.

« Madame, Monsieur, Chers Collègues, Dans l’article des DNA du 13 Septembre 2007 intitulé “Certains étudiants surnotés en Droit Pénal” et relatant les problèmes rencontrés précisément à propos de la notation dans cette discipline, il m’est prêté les propos suivants : ” Le Doyen….se désole qu’aucun étudiant n’est à ce jour déposé de réclamation“. J’oppose naturellement un démenti formel à ces propos qui laissent entendre que le Doyen se réjouirait des réclamations des étudiants…
J’ai simplement précisé au journaliste qui m’interrogeait par téléphone, sur une affaire dont il était déjà totalement informé, que les étudiants concernés n’avaient pas déposé de réclamation. Il est évident que je souhaite personnellement que cette affaire soit réglée au plus vite, dans la sérénité et au mieux des intérêts universitaires. »
. Signé « Jean-Michel POUGHON - Doyen de la Faculté de Droit »

Etrange façon de faire montre de sérénité et de servir au mieux les intérêts universitaires, Monsieur le Doyen. Tout est dans les points de suspension, peut-être…Voilà qui dénote une sérénité étrange. Et un sens de l’expression détonant.  

Mais j’avais déjà eu l’occasion d’apprécier votre style en lisant un « Que sais-je ? » qui restera dans l’histoire du droit civil, et j’avais apprécié votre haine viscérale de l’Etat à travers votre éloge (et votre interprétation surtout) de l’œuvre de Gustave de Molinari (1819-1912), cet « homme de  gauche « qui serait aujourd’hui un « ultra-libéral ».

Vous vous dites, il est vrai,  spécialiste de la pensée politique et de la philosophie du droit, deux domaines que j’adore labourer. Quand vous nous offrirez-vous une étude sur la rumeur en politique ou sur la désinformation en communication ? Je suis sûr que ce serait, sous votre plume alerte,  un grand succès de librairie.

Un autre thème est possible, évidemment : de l’art de salir la réputation d’une collègue qui a le mérite de ne pas réduire le droit à une simple technique utilitariste comme on le fait tant dans tant de têtes juridiques « politiquement correctes » en ce moment…

Rassurez-vous Monsieur le Doyen : Les ennemis politiques de Chantal Cutajar vont vous adresser des félicitations. Les négationnistes aussi, peut-être. Vous aviez réagi, vous, en tant que juriste, aux atteintes contre le droit des profs négationnistes ?  Pourtant, ces  affaires-là concernent directement la philosophie du droit et la pensée politique….

Daniel RIOT

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